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 Questionnements d'un homme de sciences - Chesapeake Bay

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Laszlo Uhlmann



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MessageSujet: Questionnements d'un homme de sciences - Chesapeake Bay   Lun 28 Nov - 10:32

Philadelphie, le 13 Novembre,

Hôpital militaire de l’Université Drexel.

Les chirurgiens m’ont affirmé aujourd’hui qu’il n’y avait rien de plus à faire. Je devrais selon eux, remarcher. Quel pitié que mon genou soit si loin de ma tête, et que je ne puisse ainsi m’examiner par moi-même. Ces médecins américains ont très certainement été formés sur le tas, et passent le plus clair de leur temps à amputer les membres de ces soldats touchés par la mitraille. Une chance que ma qualité de confrère les a convaincu de me pas procéder à une amputation par défaut. Quoi qu’il en soit, le voilà relégué à la catégorie d’infirme. J’ai fait venir un artisan hier, lequel devrait me confectionner une canne à ma taille, les modèles standards étant malheureusement trop courts pour moi.

Un infirme… Sans avoir été soldat, donc sans avoir le prestige de pouvoir se considérer comme étant un vétéran. Prestige… Il n’y a de prestige que dans le romantisme de la victoire, ou de la défaite héroïque. Il n’y a aucun prestige à avoir subi les shrapnels des yankies, alors même que l’on essayait d’aller chercher leurs blessés sur le champ de bataille déserté. Non, ce n’est pas parce que l’on ne porte pas de bleu que l’on est d’office un soldat confédéré.

Qui sait ? Peut-être n’aurait je pas dû faire cette sortie au crépuscule, alors que les deux armées s’étaient à peine éloignées de ce champ de bataille de Virginie. Ne pas prendre de risque au crépuscule. Quelle ironie!

Je me souviens de cette nuit d’automne, avant que la guerre n’éclate. Invité à chasser avec un groupe de propriétaires terriens américains dans une forêt non loin de la baie de Chesapeake, je m’étais écarté du groupe de mes hôtes, et avait fini par m’égarer. La nuit tombant, j’avais fini par vider le flacon de Brandy que je conservais dans ma poche afin de lutter contre le froid mordant et humide qui s’installait alors. Après avoir erré dans cette forêt, j’avais fini par apercevoir le feu de camps d’un bivouac. Pensant qu’il s’agissait de mes hôtes, je m’en étais approché, et fît le témoin alors d’une scène venue d’un autre temps. Un groupe de soldats apparemment épuisé, autour d’un feu, veillant sur un cadavre. L’incroyable de cette affaire était les uniformes de ces soldats. Ce n’était pas la vareuse bleue et la casquette courte des soldats de l’union mais le manteau rouge et le tricorne des soldats britanniques de la guerre d’indépendance américaine. L’un d’entre eux me vit, et s’approcha de moi :


« Bonsoir Monsieur, je suis le lieutenant Georges Longfellow, du 3ème régiment d’infanterie de Virginie. Les rebelles nous traquent, et la baie est désormais contrôlée par la marine de ces satanés français. Notre régiment est à court de vivres. »

Interloqué, je restai silencieux et ne savais quoi répondre. L’homme continuait :

« Vous êtes médecin n’est-ce pas ? Pitié que vous n’arriviez plus tôt. Notre capitaine vient de rendre l’âme, et je n’ai pas d’autres blessés parmi les hommes qu’il me reste. »

J’observais la scène, ne sachant toujours pas quoi dire à cet homme qui n’existait certainement que dans mon esprit. Pourtant, tout était criant de vérité. Même le feu de ce campement de fortune semblait dégager une douce chaleur qui revigorait mes membres.
Le lieutenant continuait.


« Mais, vous sembler être favorable à leur cause, et favorable à l’idée d’une république regroupant les treize colonies. Ils finiront par l’avoir, leur république. La guerre est perdue pour nous, et si nous ne finissons pas égorgés ici même par des minute-men vindicatifs, c’est dans la honte que nous rentrerons en Angleterre. »

Longfellow finit par s’assoir sur un arbre mort, visiblement épuisé par une journée de marche dans des conditions déplorables. Je pu même entendre le craquement du bois mort. Autour du feu, les soldats ne disaient rien. La moindre parole semblait être un effort beaucoup trop intense pour leurs corps fatigués. Longfellow parlait toujours :

« Ma seule consolation est que ces américains ne sont pas au bout de leurs peine. Pour le moment, ils sont unis, mais vous verrez, ils finiront par s’entre-tuer. D’ailleurs, vous aussi, prenez garde. Je sais, vous êtes médecin, mais gardez-vous bien de prendre des risques au crépuscule. Oh, je sais, serment d’Hippocrate et tout ce qui va avec, mais l’artillerie ne fait pas la différence entre un médecin et un soldat. Elle blesse tout le monde de la même manière. »

J’ignore combien de temps je restai en compagnie de ce groupe de red-coats, mais je finis par entendre des voix crier mon nom, au loin. Mes hôtes me cherchaient, et me ramenèrent à la civilisation. Je ne parlai pas de cette vision, me persuadant moi-même qu’il ne s’agissait que d’une hallucination, certainement due à la forte quantité d’alcool que j’avais bue. Néanmoins, aujourd’hui, avec du recul, je me pose des questions... Une mise en garde ? Possible, mais dans ce cas je ne dois m’en vouloir que plus. Je sais, je suis un homme de sciences, et devrais rejeter en bloc toutes ces superstitions, mais je sais certaines choses, même si je ne veux l’admettre, ou tout du moins le reconnaître ouvertement. Il existe quelque chose qui fonctionne et agit en parallèle de la science, quelque chose que la chimie ou la physique ne peut expliquer, et cela m’angoisse terriblement.

J’ignore pourquoi j’écris ces lignes. Une sorte de catharsis peut être, ou bien une quelconque tentative d’introspection. Je ne puis le dire. Quoi qu’il en soit, je ne brulerai pas ces feuillets, mais ne les publierai pas non plus. Contradiction ? Tout à fait ! Mais peut-être tout simplement un moyen de me souvenir, et de ne pas en vouloir à la fatalité, aux artilleurs yankies, ou bien à ces chirurgiens de campagne qui semblent avoir appris la médecine dans un ouvrage du moyen-âge. J’aurais pu savoir, et ne dois m’en prendre qu’à moi-même.

Docteur Laszlo Uhlmann.



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